La Joie dans le Bouddhisme

 
Le Bouddha appelle à voir en la conscience une source inépuisable de joie infinie et incommensurable en étendant cette joie de regarder en chacun les qualités et les vertus plutôt que les défauts et les parts d'ombre.
 

L'idéal est d'arriver à cultiver cette joie en toute circonstance envers chacun, indépendamment des aléas et des tragédies qui peuvent se produire au cours de la vie. Plus le pratiquant du Dharma boit de cette source de joie, plus il prend confiance dans la vie et l'abondance de bonheur qu'il pourra y trouver et plus il rend confiance aux autres. Ainsi il leur donne aussi le goût de se réjouir de la vie et des qualités des autres.
 


 

La joie sacrée, Mudita, se définit par le souhait que les autres connaissent un bonheur parfait dénué de toute souffrance ainsi que par la réjouissance devant ce bonheur. La joie est donc l'antidote le plus puissant à la jalousie. On se réjouit du bonheur d'autrui, de ses qualités, de ses vertus, de ses bonnes actions, de ses possessions et de ses réussites et on souhaite que ce bonheur s'amplifie encore et encore à l'avenir, plutôt que de le jalouser et de l'envier en dénigrant l'autre de manière aigrie. La joie permet de se délivrer de l'esprit de compétition qui nous pousse à toujours vouloir avidement ce que les autres ont, quitte à leur nuire pur s'emparer de ce bien. Il est dit que celui qui pratique la joie reçoit en fait une part du bonheur de celui envers qui il a développé la joie. Si par exemple on se réjouit de la richesse d'un autre, on va se sentir soi-même plus riche et la pauvreté nous semblera moins accablante. La joie incommensurable se pratique progressivement en étendant de plus en plus la joie autour de soi: on contemple un ami ou un proche dont on apprécie les qualités ou la réussite, et on se réjouit pour lui en lui souhaitant encore plus de ce bonheur, puis on étend ce sentiment à des personnes neutres, des inconnus dans la rue, puis à des supérieurs et à nos chefs, puis à des personnes qui nous semblent désagréables ou même qui nous nuisent, et évidemment aux personnes dont nous sommes jalouses. Enfin, on peut répandre ce sentiment de manière illimitée dans le monde entier.

La joie est toujours une joie qui naît devant les qualités des autres, leurs vertus, leurs richesses, leurs réussites, leurs bonheurs. Ce n'est évidemment pas une joie de nature sadique qui prend plaisir au malheur des autres ou à leurs déboires. En fait, le malheur doit susciter notre compassion : c'est là la seule attitude vraiment humaine. La joie est donc toujours intimement liée à cette compassion et à l'amour bienveillant.

La quintessence de la joie se situe dans la joie pour le Dharma, à voir quelqu'un qui pratique le chemin de libération du Dharma. La joie peut nous envahir à la pensée du Bouddha, d'un bodhisattva ou d'un des quatre Êtres Nobles et cette joie plus que n'importe quelle autre nous élève spirituellement. La joie de pratiquer le Dharma est comme la joie d'un homme égaré dans le désert et qui verrait une oasis au loin: chaque pas le rapprochant de cette oasis serait une immense joie, même s'il n'a pas encore bu à l'eau de cette oasis.

Il peut être difficile de trouver la joie dans des situations particulièrement tragiques où la tristesse l'emporte complètement. Comment trouver la joie quand les individus s'acharnent à faire le mal et trouvent leur joie dans la destruction. Cela demande une grande force de caractère et une volonté de vaincre les épreuves. Cela requiert deux vertus bouddhistes, l'équanimité, qui permet de vivre de manière égale avec une même force d'âme les événements, qu'ils soient heureux ou malheureux. Cela requiert aussi de la patience pour ne pas céder à la colère, au ressentiment et au désespoir. Mais même dans les situations difficiles, le Bouddha et ses disciples mettent en exergue la capacité à trouver des qualités aux personnes qui nous sont malveillantes, et à ne pas désespérer.
La meilleure façon de garder la joie est de transformer notre vision des choses pour les dépasser et ne pas être emprisonné dans le désespoir, la frustration et les traumatismes émotionnels. Comme le dit un proverbe du Lojong: « Quand le monde est rempli de maux, transforme toutes les mésaventures en voie vers l'Éveil ».